vendredi 7 juillet 2017

Trek jusqu'à Dzongkhul

Il n'est que six heures du matin, j'ai déjà plié ma tente, fermé mon sac à dos et me voilà en route en direction du monastère de Dzongkhul. La température est agréable et le ciel est bien dégagé. Tous les ingrédiants sont donc réunis pour me faire passer une bonne journée de marche. D'un pas alerte, je me retrouve après deux heures devant le Monastère de Sani. Première constatation lorsque l'on arrive, c'est que tout comme le monastère de Alchi au Zanskar et celui de Tabo au Spiti, le monastère de Sani est lui aussi construit dans une plaine et non pas sur une colline ou à flanc de montagne comme c'est le cas pour les autres monastères de ces trois régions d'Inde. 


Avec ce gonpa, je suis une nouvelle fois sur les traces de Padmasambhava (Guru Rinpoche), je peux même confirmer que je ne les quitterai plus jusqu'au village de Konchet, puisque sur ce parcours, je retrouverai plusieurs fois des empreintes de ses pieds dans différentes pierres. Une légende ou non, je ne peux l'affirmer, mais une chose est certaine, c'est que les traces sont belles et bien visibles à qui veut se donner la peine de les chercher un peu. Mais n'allons pas trop vite, puisque pour le moment, je suis devant l'esplanade du monastère de Sani et pour la première fois, j'ai la chance de trouver un moine qui peut me faire visiter le Dukhang.



 Il est toujours intéressant de découvrir des temples datant de plusieurs siècles, celui-ci est du début du XVII ème. Comme à chaque pareille occasion et lorsque l'autorisation m'en est donnée, je ne manque pas de photographier les fresques murales car pour moi, elles font parties intégrantes du trésor artistique tibétaine et c'est une véritable chance de pouvoir encore les contempler aujourd'hui. 





Après la découverte des fresques, il y a aussi celle des divinités bouddhistes qui sont aussi des trésors inestimables. 


Encore tout émerveillé par ce que je viens de voir, le moine me propose maintenant d'aller voir une pièce particulière, où est exposée une série de statues représentant les différentes étapes de la vie de Guru Rinpoche (le Précieux Guru). 


 Jamais, je n'avais entendu parlé de l'existence de ces statuettes dans l'enceinte même du monastère de Sani. Je connaissais l'existence de pièces inaccessibles dans tous les monastères, mais lorsque une de ces pièces s'ouvre à vous, vous pouvez vous dire que cette fois, la chance vous sourit vraiment.   



Après cette découverte, je ne sais trop comment remercier le moine qui m'a ouvert la porte de ce véritable trésor. Le moine étant trop jeune, il ne peut m'expliquer l'origine de ces statuettes. Qu'à cela ne tienne, je suis déjà très heureux de les avoir vues.
Il ne me reste plus  qu'à aller voir le chorten situé à l'arrière du temple et qui serait encore plus vieux puisqu'il daterait du IIème siècle sous le règne de Kanishka, un des plus grands chefs Kouchan.

  
Ce n'est pas tout ça, mais il faut absolument que je reprenne la piste. En effet, il est déjà dix heures et si je veux arriver à temps à Dzongkhul pour faire mes photos dans et autour du vieux monastère avec la lumière de l'astre solaire, il est grand temps que j'y aille. 

Me voilà donc à nouveau sur la piste. Les kilomètres s'enchaînent. Après avoir laissé sur ma droite le pont de Tungri, je passe le hameau de Shara et arrive à celui de Drokang. Mais là, la fatigue commence à se faire sentir et je sens bien que mon dos ne supporte plus mon sac. Si je veux arriver à mon étape du jour, il faut carrément me séparer de lui. La décision de le laisser dans ce hameau est prise et je choisis une maison au hasard pour demander si je peux y déposer mon sac et que je reviendrai le chercher à mon retour de Dzongkhul ? La dame accepte bien volontiers et me voilà reparti, nettement plus léger, afin de parcourir les derniers dix kilométres en mode automatique. Au fil de mes pas, les hameaux traversés deviennent de plus en plus colorés de vert et de jaune. 



Cela donne un petit air, bien agréable, de printemps dans cet univers rocailleux où généralement, ce sont les pierres et le sable  qui tissent leurs toiles.


Mais toutes les choses ont toujours une fin et je me retrouve très rapidement dans la vallée me conduisant au gonpa de Dzongkhul. Ici plus de cultures verdoyantes, ni d'oeillets jaunes, je replonge sur une surface rude. Qu'à cela ne tienne, le décor devient vraiment majestueux. 



 Une nouvelle fois, je suis plein d'admiration en regardant ces décors himalayens. Comment est-ce possible qu'après tant de voyages, je puisse encore m'enthousiasmer à ce point ? Michel Peissel avait bien raison, le Zanskar est véritablement une région bénie des dieux.


Le seul endroit où il me faut faire un peu attention et vérifier de ne pas trébucher, c'est sur cette partie du trajet. Le chemin n'est pas large, mais heureusement, il est très stable. Si bien que j'arrive à m'en sortir comme si de rien n'était.


Même au bout du monde, il y a des bars tout au long de la piste, il n'y a qu'à se servir et remplir la gourde. La vie n'est-elle pas belle ?!


Je ne sais pas trop ce qu'il y avait dans l'eau de la source, mais voilà qu'à présent, j'ai des hallucinations visueles. j'ai beau frotté mes yeux, rien ne change dans ma vision !! Après plus de trente kilomètres pour sept heures de marche depuis Padum, je suis enfin arrivé au gonpa de Dzongkhul. Le chemin m'a semblé si long, mais je ne veux pas y réfléchir car je n'en suis qu'au début de mon aventure et dire que le Tsomo Riri est encore si loin !!


Mais il est inutile de gamberger, ce fut une journée difficile. Mais ne dit-on pas : tomorrow is another day. 
Je veux donc profiter du moment présent et aller visiter ce vieux monastère acroché à la falaise.



Je suis assis sur le muret devant le gonpa et j'attends l'arrivée d'un moine qui pourrait m'ouvir la porte du temple. Dix minutes de patience et quelqu'un arrive. Hélas, ce n'est pas un moine,  c'est quelqu'un qui vient enregistrer mon passage, car la vallée où je me trouve est aussi le départ de trek. Il faut donc y mettre toute ses informations personnelles. Hélas, comme j'ai laissé mon sac avec mon argent, mon passeport et tout le reste dans la maison de Drokang, je suis dans l'impossibilité de fournir les informations demandées. Dans le cahier, j'y inscris mes nom, prénoms et lieu d'où je viens. Etant donné que la personne qui se trouve devant moi, n'est pas un militaire et donc plus laxiste sur les principes, il ne m'en demande pas plus et retourne dans son logis, mission accomplie. Comme je me rends très bien compte que mon homme ne reviendra pas, je l'interpelle et lui demande où se trouve le moine possédant le trousseau de clés du monastère ? Il me répond qu'il va aller le prévenir que je suis là.
L'homme a tenu sa promesse, il ne faudra pas plus de cinq minutes pour voir arriver mon St Pierre bouddhiste. 

Dans un premier temps, il me fait visite la grotte de méditation où médita Naropa en personne. Dans cette grotte, il y a deux empreintes de l'un de ses pieds dans la roche et sur une pierre. Cette visite terminée, je suis dirigé dans trois autres salles de prières. Hélas, les murs de celles-ci sont dépourvus d'oeuvres bouddhiques. La seule chose que l'on peut voir, ce sont plusieurs statues de divinités. Tout comme à Sani, elles ont été visiblement faites par des grands artisans, mais l'histoire ne retient jamais leurs noms et ils resteront de ce fait les grands oubliés de l'art bouddhique.
                                                                                                                                          







Les différentes visites terminées, je tente de demander au moine s'il y a la possibilité que je reste dormir au monastère ? Comme il n'y a rien de prévu pour les visiteurs, je suis obligé de rebrousser chemin et d'aller chercher mon sac à Drokang. Dernier regard vers la suite du trek possible dans la vallée. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'aventure parait alléchante et je me dis qu'il faudrait bien que j'y pense pour une prochaine année. Mais ce qui est certain, c'est que ce ne sera plus depuis Padum, mais de Phye qui est situé à deux heures de marche d'ici. 


Me voilà sur le chemin du retour. A vrai dire, je ne sais pas trop jusqu'où je vais aller, mais je ne m'en soucie guère puisque je vais bientôt arriver à la maison où j'ai laissé mon sac et j'aurai du même coup ma tente et toute mes affaires pour rester indépendent. Lorsque j'arrive à la maison, mon sac est toujours là où je l'ai déposé. Je remercie la dame pour sa gentillesse et recharge le sac sur le dos pour continuer en direction de Tungri. Arrivé à Shagar, je décide de rester dans ce hameau pour y passer la nuit. Je cherche un endroit pour mettre ma tente , mais je ne trouve rien de très plat et encore moins herbeux, si ce n'est les champs. Inutile de penser à cette solution puisque ce sont des parcelles privées.
Je ne trouve rien, mais je n'ai aucune envie d'aller à Tungri. Contre mauvaise fortune, bon coeur, je pousse dès lors la porte d'une proprièté où se trouve au bout d'une allée une maison entoutée de prairies, de champs et des jardins. Je me rends jusqu'à la maison et pour signaler ma présence je lance un grand julley. Un enfant passe la tête par une fenêtre du premier étage et je lui demande si son papa ou sa maman sont là. La fille d'une dizaine d'années descend dans le jardin et renouvelle ma question en poursuivant que j'aimerais bien mettre ma tente dans un coin du jardin pour y passer juste une nuit. L'enfant a compris et s'en retourne voir un parent. Ce sera au tour de la maman de venir me voir pour me confirmer que je peux mettre ma tente et si je le désire, elle me fera même à manger. C'est trop gentil, mais pour ne pas pousser le bouchon trop loin, je lui réponds que j'ai tout ce qu'il faut avec moi. Ok me dit-elle, mais alors, je vous ferai à manger demain matin. J'accepte sa proposition et je monte illico ma tente et me prépare mes nouilles avec de la viande séchée. La nuit sera douce, mais lumineuse puisque c'est la pleine lune.


La nuit est tombée, je me retrouve dans ma tente et je fais le point de ma journée.                   Il est clair que mon changement de programme n'a pas été la meilleure idée que j'ai eue en ce début de voyage. D'un autre côté, si je m'étais arrêté à Phey, il est évident que je n'aurais pas assisté aux festivités d'anniversaire du Dalaï Lama et que je n'aurais pas visité le gonpa de Sani et son fantastique petite pièce avec les toutes ces représentations de Guru Rinpoche. Il ne faut donc pas que je regrette trop mon choix, même si ma journée fut du coup très compliquée pour moi.
Bonne nuit à tous.

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