samedi 8 juillet 2017

Direction Tungri afin de retrouver (enfin) les traces de Michel Peissel

La nuit a été réparatrice pour mon corps qui était quand même assez fatigué, non pas tellement par les heures de marche, mais surtout par la piste qui était continuellement en pente ascendante. J'aime autant vous dire, qu'au fil des heures, cela use, même un voyageur téméraire. Mais tout cela est oublié et me voilà prêt pour une nouvelle journée de marche.
Après un déjeuner copieux offert, comme convenu, par la maison, je me prépare à partir. Mais comme à chaque fois dans telles circonstances, je laisse toujours de l'argent sous un coussin ou sous mon assiette comme ce fut le cas cette fois-ci. Mais la dame m'a vu et me fait comprendre qu'elle ne veut rien. Comme j'insiste, elle va fouiller dans une boite et revient avec sept perles de l'Himalaya et une vieille turquoise. La dame enfile les pierres sur une cordelette et vient vers moi pour attacher le collier à mon cou. Le cadeau est royal et me voilà bien embarrassé. Avec un large sourire, "la dame du haut Zanskar" me dit qu'il me va bien et qu'il me portera chance sur les pistes que j'emprunterai jusqu'au Tsomo Riri. Toujours très embêté par la situation, j'accepte quand même le cadeau car je ne veux pas froisser cette personne qui m'a si gentiment reçue et je la remercie vivement. 

Pendant que je me charge de mon sac, la dame est déjà repartie dans les prairies qui entourent sa maison. Avant de la quitter, je fais une photo que je lui promets de venir lui apporter dans un prochain voyage. Il est huit heures et je quitte la propriété. Me voilà en route pour Tungri où je vais rechercher la maison du moine Nodrup, celui qui a guidé Michel Peissel au Zanskar. Il est bien sûr trop tard pour le rencontrer étant donné qu'il est décédé, mais je voudrais rencontrer sa famille pour demander s'ils auraient encore des photos d'époque, de cette traversée de la région. 

Lorsque après deux heures de marche, j'arrive dans le village de Tungri, je sais qu'il me faut me diriger vers les vieilles maisons qui sont un peu plus haut pour trouver celle de Nodrup. Je passe devant l'école avant de poursuivre dans les ruelles du village.


Un peu perdu, je demande à une jeune femme si elle connait la maison de la famille Tinley. Hélas, elle est trop jeune et ne connait pas toutes les familles du village. Mais une femme qui faisait la lessive à une fontaine non loin de nous, vient demander ce que je cherche. Je reformule ma demande et ajoute que c'est dans la maison où Peissel était allé. Lorsque je prononce le nom de Peissel, le regard de la dame s'illumine instantanément et me dit tout fièrement que c'est juste ici, qu'elle fait partie de la famille Tinley, que je peux rentrer dans la maison et monter au premier étage et l'attendre dans la pièce car elle doit finir sa lessive. La chance est de mon côté et je m'exécute bien volontiers. 

Sa lessive terminée, la dame vient aussitôt me rejoindre. Il est évident que même si nous ne nous connaissons pas, nous avons pourtant énormément de choses à nous dire puisque Michel Peissel est notre fil conducteur. Mais avant d'entamer notre conversation, elle nous prépare un thermos de thé. Visiblement la dame, qui en fait me dira qu'elle est nonne à la nonnerie du village, a aussi beaucoup d'occupations avec la maison et les deux drimos et les veaux qu'elle possède.
Nous avons le thé et des biscuits, la conversation peut maintenant commencer. 
J'en avais déjà beaucoup appris en 2011 par le moine Sonam de Karsha, étant donné que le moine Nordup était rentrer ici chez lui. Mais cette fois, je suis à la source des informations et, cerise sur le gâteau, dans la maison même où toute l'aventure de Peissel commença au Zanskar en 1976.
La dame qui s'appelle Tzering Dolkar me raconte tout ce qu'elle sait sur l'expédition des trois acolytes, c'est à dire Michel Peissel, le moine Nodrup et son ami Lobsang. Vient alors le moment que j'attendais depuis tant d'années : demander si elle possède des photos de toute cette expédition ? Oui, mais Tzering doit chercher où tout cela se trouve. Après quelques instants de réflexion, un sourire vient illuminer son visage tout en me disant aussitôt une minute. Après quelques instants d'absence, 
Tzering revint avec une sacoche bien remplie et les fouilles purent commencer. Pour moi, le moment est si important que le temps ne s'écoule pas assez vite et je me pose la question : est-ce bien la bonne sacoche ? Les fouilles "archéologiques" aboutissent. Je vais pouvoir découvrir des photos que je ne connaissait pas. Visiblement, nombreuses photos concernent la vie privée de Peissel. Evidemment, je ne suis pas du tout intéressé par celles là. Mon but n'est pas de faire du sensationalisme, mais bien de remonter l'histoire de Peissel au Zankar. Alors avec Tzering, nous trions toutes les photos une à une. Le tri terminé, je peux maintenant, avec l'autorisation de mon hôtesse, photographier les photos les plus intéressantes.
 

Le plaisir que Tzering a de pouvoir partager les souvenirs de famille, fait plaisir à voir.
Moi, je ne résiste pas non plus à vous proposer ces photos du Zanskar.




Visiblement ces photos datent de plusieurs époques. Il y en a aussi une de Tzering lorsqu'elle était plus jeune, mais toujours avec ce même sourire.

Une petite dernière plus récente, lors de retrouvailles de Peissel avec son veille ami Nodrup.


 Le tour des photos est terminé, je suis ravi de ces trouvailles. Tzering me propose de rester dormir chez elle et me demande ce que je veux manger. Je lui réponds que je cuisinerai moi-même des pâtes aux légumes de saison, c'est à dire, sûrement des carottes, petits pois et peut-être d'autres légumes que je trouverai au village.
En attendant, je m'en vais faire un tour à la nonnerie située bien au-dessus de la maison.


Le chorten m'indique la voie à suivre pour arriver à la nonnerie Phuntsog Ling qui est aussi appelée Samten Chöling monastery. Lorsque j'arrive en haut, le silence est quelque peu interrompu par les murmures des nonnes qui sont en train de réciter des mantras dans le temple. 



Sans déranger, je décide de m’asseoir avec elles afin de partager aussi ce moment de quiétude. Chez les nonnes, les putjas ne sont pas rehaussées par des instruments de musique.
La méditation n'est donc pas perturbée par les cymbales, trompes, clochettes et consort ... qui, il faut bien l'avouer, peuvent vous faire sursauter à certains moments.
La question est alors de savoir si vous méditiez ou si vous étiez carrément endormi !!!!

 

En tout cas, le moine que je surprends là à regarder l'étendue de la vallée est encore dans un autre état, celui de la contemplation.


Le temps passe trop vite, il me faut redescendre au village et faire le tour des jardins afin de trouver des légumes à acheter pour le repas du soir.





Les courses faites, je peux maintenant rentrer à la maison. Lorsque j'arrive, Tzering est occupée à traire les drimos de son cheptel.



Pendant que l'une se fait traire, l'autre me regarde d'un air interrogatif pour savoir qui est cet étranger qu'elle ne connait pas ?!
Je laisse la drimo dans ses interrogations, ainsi que les deux femmes et je m'en vais préparer les légumes pour ce soir. Oui je sais que c'est un peu tôt, mais je profite qu'il fasse encore clair pour commencer les préparations culinaires. Je n'ai nulle envie de devoir cuisiner à la bougie. Manger à la bougie peut s'avérer être agréable, mais faire à manger l'est beaucoup moins !!!
Pendant que le tout mijote sur les bouses de yaks (ben oui, on est au Zanskar !), Tzering remonte et veut me montrer le temple familial. Chez les bouddhistes, toutes les familles en ont un et il se trouve obligatoirement dans la pièce la plus haute de la maison.




Lorsque nous redescendons, il y a un visiteur de plus dans la maison qui a entendu que Tzering avait la visite d'un touriste. Etant donné qu'il est lui même guide francophone, c'est tout naturellement qu'il est venu me saluer.


 Il est évidemment intéressé par le circuit que je compte faire pour atteindre le Tsomo Riri. 
Son scepticisme sur la faisabilité de mon projet ne fait aucun doute et me demande de sortir mes cartes. Ce sera la deuxième personne, avec le papa de Padmo à Tar, qui me dira qu'il y a trop d'eau cette année au Ladakh et à fortiori au Zanskar aussi. Qu'il sera impossible pour moi , surtout seul, de faire le tronçon Zangla / Shade. Dans les gorges qui conduisent à Sumdo Zangla, il y a un torrent si puissant qu'il est impensable d’essayer de le remonter. Ma seule possibilité est de contourner l'obstacle en faisant la boucle Zangla, Padum, Purne et après se renseigner s'il est faisable d'aller par Toden La (5100 m), puis le Phirtse La (5490 m) et continuer le long de la Lingri Chu avant de rejoindre la route Manali / Leh pour filer alors sur le Tsomo Riri. Si ce circuit là ne va pas, alors il ne me restera que la solution du Shingo La (5095 m), Darcha et Tsomo Riri.
Même si ce sont des choses qui ne sont pas agréables à entendre, je devrai de toute façon m'y plier car la nature est toujours la plus forte.

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