dimanche 2 juillet 2017

De Shergol, Jusqu'à Urgyen Dzong

La balade du jour n'est pas spécialement très longue mais, vu le manque d'informations en ma possession pour accomplir correctement la circumambulation bouddhique (Kora en tibétain), je me dis qu'avant de l'entreprendre, je devrai trouver LA bonne personne qui m'indiquera le chemin à suivre.                                                                                                                                       Me voilà en route pour rejoindre dans un premier temps, le village de Serzing avant de continuer sur le site de cérémonie d'Urgyen Dzong. Deux voies sont possibles pour moi : la première, c'est de rester au fond de la vallée de Pokhar et suivre la rivière jusqu'au village, et la deuxième consiste à marcher sur une route bitumée. C'est juste plus long, moins plat et moins sympa !  Etant donné que j'ai déjà fait la vallée dans le passé, je choisis cette fois la route.
Il est 8 heures du matin et mon premier constat est que la météo est nettement plus clémente que celle que j'ai eu l'autre jour sur Moon land à Lamayuru. Evidemment, je ne m'en plains pas, puisque c'est plus agréable de marcher sous le soleil mais surtout, mes photos seront plus lumineuses. J'allais dire plus belles, mais je vous laisserai faire votre propre jugement !!                                                          Après un peu plus d'une heure de marche sur cette route à la configuration up and down, j'arrive à un croisement où je dois cette fois emprunter une petite piste se trouvant sur ma gauche. Elle me permettra de rejoindre un pont pour pouvoir passer sur l'autre rive, les pieds au sec. Mais avant de franchir ce pont, je constate qu'il y a, dans une propriété privée, un bel emplacement ombragé pour y monter ma tente et où je pourrai avoir l'opportunité d'y laisser du même coup, toutes mes 
affaires afin de pouvoir faire le trajet du "chemin du haut" plus à l'aise. Je trouve l'idée exellente et ni une ni deux, je passe la grille de la propriété pour me diriger vers la maison afin de demander au propriétaire si je peux y mettre ma tente et de venir y dormir lorsque je reviendrai d'Urgyen Dzong. Ma proposition lui semble honnête et il l'accepte bien volontiers tout en me précisant, avec un large sourire, que ce sera 150 Rp (2 euros) par nuit. Rien n'est perdu mais le prix est quand même très raisonnable et je décide de mettre ma tente dans ce coin de verdure. 
Le temps de m'installer et de laisser mon sac à dos dans ma tente, je retourne vers le propriétaire pour demander où se trouve le départ du chemin du haut pour aller Urgyen Dzong ? Du Doigt, il me montre la direction que je dois prendre et me précise qu'il y a quand même trois cols à passer avant de voir le site. Il termine en me disant qu'il est impossible de se perdre car le chemin est tracé.

Je quitte aussitôt la propriété et me dirige vers le pont pour poursuivre vers le village de Serzing. Puis, j'attaquerai directement les premières pentes qui me conduiront vers les trois cols. 

Passé Serzing, le dénivelé est aussitôt important. Comme j'ai toujours mon problème de surpoids et que ce n'est quand même que ma troisième grimpette, il est évident que cette première montée de la journée me fait mal. 
Lorsque j'arrive au sommet du col, je suis à bout de souffle, mais récompensé par la vue que j'ai sur la vallée.

 Je suis pourtant loin d'avoir fini dans ma progression. Ce qui me rassure quelque peu, c'est que le chemin est effectivement bien marqué dans cette environnement dépourvu de végétation. Ce qui me permet de le suivre de très loin. 


Il y a déjà 2 heures et demie que je grimpe et le décor s'ouvre de plus en plus autour de moi. Hélas, au fur et à mesure que je me rapproche du troisième sommet, le chemin a tendance à disparaître dans les rochers et la caillasse. Si bien que ma progression se complique sérieusement et sur plusieurs passages, il me faut même faire de l'escalade. Ce qui n'était vraiment pas prévu au programme !!


Dans ces conditions, il est tout naturel que c'est avec un certain soulagement que je franchis le dernier sommet.


 Après trois heures d'efforts, je peux enfin contempler le fameux site Urgyen Dzong. Hélas, je ne suis pas au bout de mes peines et je constate très vite que cette pente abrupte est aussi  dépourvue de chemin. Il me faudra 45 minutes de plus pour rejoindre le site.

       Lorsque j'y arrive, je ne dois pas avoir l'air très frais et je me fais aussitôt accueillir par les pélerins, avec une tasse de thé qui me précisent que d'ici une demi-heure, un repas sera servi et que j'aurai bien évidemment une part. Je les remercie grandement pour leur attention.

En buvant mon thé, je regarde instinctivement le flanc de montagne que je viens de descendre. Tout en l'analysant et il me faut bien avouer que, malgré le thé chaud que je suis en train de boire, quelques frissons me parcourent le corps !!   


En attendant le repas, je me dirige à présent vers l'un des deux petits gonpas se trouvant sur le site et qui sont tous deux dédiés à Padmasambhava (pour les tibétains) ou Guru Rinpoche (pour les ladakhis). 


 Guru Rinpoche  est toujours représenté dans la même position de lotus, sur une fleur de lotus, en tenant dans la main droite, un dorje et dans sa main gauche, une coupe crânienne. Sur son épaule gauche, il y a son sceptre (khatvanga) sur lequel sont embrochés trois crânes humains : une tête d'enfant, une tête d'adulte et une tête de squelette. Ces symboles sont la traduction que nous devons apprendre toute notre vie, depuis l'enfance jusqu'à la mort. 


C'est la pause repas pour tous les pélerins. Le menu est une assiette traditionnelle de dal, avec du riz, une soupe de lentilles, des légumes et chapati (pain). Après le repas, tout le monde fait sa petite vaisselle afin que le suivant trouve des assiettes propres. Vu que c'est le premier jour des commémorations, il y a aujourd'hui peu de monde sur le site, mais il est clair que lors des prochains jours, il y aura nettement plus de monde et ce seront des familles entières qui arriveront pour commémorer le souvenir de Guru Rinpoche. Il faut savoir que pour les bouddhistes, ce religieux cachemiri n'est pas moins considéré que Bouddha lui même. Il a été appelé, au VIIIème siècle, par le roi du Tibet pour fonder le monastère de Samye et son passage à travers le Ladakh et le Tibet jusqu'à Lhassa donna un nouvel élan à la religion bouddhique dans toute la région. Voilà pourquoi, il est présent dans tous les monastères sous forme de peinture ou de statue. 

Le repas terminé, les moines reprennent une putja dans le deuxième gonpa, le plus petit des deux. C'est le moment pour les pélerins de s'installer devant le temple  et de participer eux aussi, aux prières que les moines récitent à l'intérieur. Nous devrons attendre que les cérémonies se terminent pour pouvoir pénétrer à notre tour dans le temple.


  
En rentrant à mon tour, je demande l'autorisation au moine qui est resté sur les lieux si je peux faire des photos et il me répond qu'il n'y a aucun problème. Hélas pour moi, je constate que la petite statue de Avalokiteshvara n'est pas, ou pas encore, exposée. Je comprends dés lors pourquoi il m'est permis de faire les photos que je veux ! Cette statue fait partie des 5 Avalokiteshvara trouvés dans le lac Oma Tso de Trilokinath de Keylong, sont à :
Trilokinath, Stakna, Tingmosgang, Leh et Urgyen Dzong.      



 C'est dans un troisième bâtiment que les pélerins viennent allumer des lampes à huile et faire des offrandes d'huile pour le restant de l'année.


Après ma visite du temple, je décide d'aller explorer la falaise située en face des temples où se situent les ermitages d'Urgyen Dzong. Il y a bien sûr, comme me l'avait expliqué le moine de Shergol, tout un circuit à faire, afin de voir tous les endroits importants du site.
Le premier se trouve au centre de la « Grande Vallée » (Lung chen), près d'une source surgie miraculeusement au pied d'un genévrier sorti de terre à l'emplacement où Padmasambhava s'assit pour se reposer de la dure montée du « chemin de la gorge ». 
Après ce sanctuaire, c'est la visite de la paroi rocheuse dans laquelle sont creusées les différentes grottes et des pierres aux gravures mystérieuses.







 Gravures tellement mystérieuses, que quelqu'un tente de me les expliquer.


Les différentes visites terminées, je retourne vers les temples où des femmes font des Koras.



 Etant donné que je redoute la foule annoncée pour le lendemain sur le site, je décide de rentrer vers Serzing par les gorges et de terminer ainsi la Kora que j'ai commencée ce matin. Je dis au revoir aux hommes qui sont dans la cuisine et qui m'ont offert un dal pour repas que j'ai bien apprécié. Ils me demandent par où je vais rentrer ? Je réponds que je n'ai nullement envie de retourner par la montagne et que je préfère aller par les gorges ! Ils me demandent si je connais le trajet ? Je leur réponds par l'affirmative en signalant que je l'ai déjà fait deux fois. C'est alors bon, tu peux rentrer par les gorges !!! 


 Je redescends vers les gorges, heureux de ma journée que j'ai passée sur le site.



L'eau ne tarde pas à refroidir mon enthousiasme.


Cela se complique très vite et je suis contraint à prendre des douches forcées et très froides.


Il ne manque vraiment que ma brosse à dents pour être que le monsieur de la publicité !!


C'est donc tout à fait présentable que j'arrive à la fin des soucis.



A mon arrivée à ma tente, le terrain est occupé par d'autres candidats pélerins pour Urgyen Dzong qui ne partiront que demain. Je suis accueilli avec les félicitations du groupe. Le soir venu, nous mangerons ensemble.


 Ici, prends fin mes aventures au Ladakh. Cette première partie du voyage fut une véritable réussite. Demain matin, c'est vers le Zanskar que je me rendrai, en espérant que le succes sera au rendez-vous et que cette fois, je vais pouvoir enfin faire mon trek jusqu'au Tsomo Riri.
L'avenir me le dira.
A bientôt.