lundi 3 septembre 2012

Le Shingo La

Me voilà devant le dernier grand défi de ma traversée. Il est sept heures du matin, je replie ma tente, ferme mon sac et je vais prendre un petit déjeuner sans surprise, une maggi puisqu'il n'y a que ça ici de comestible. 
8 heures, je quitte le campement, je traverse la rivière par un petit pont et me dirige déjà vers les premières pentes. 200 mètres plus loin, je suis déjà en plein effort. 


Après seulement vingt minutes, je me retourne pour la première fois. Le camp est devenu tellement petit que je le remarque à peine et cela grimpe toujours. Hélas, comme souvent en montagne, la météo change très vite. Du ciel bleu que j'avais au départ, il ne reste maintenant que des gros nuages gris, mais le pire, c'est le vent qui commence aussi à se lever.  
C'est inquiétant car je suis encore très loin du sommet. Mais de toute évidence, je dois avancer et je n'ai nullement l'intention de retourner dans ce camp qui, s'il devrait pleuvoir, se transformerait vite en fosse à purin ! 
Après plus d'une heure d'effort, j'arrive seulement à la fin du petit "faux plat" qui me conduit vers les premiers glaciers. Ce n'est pas que ces glaciers soient énormes, mais ce sont des glaciers qui ressemblent fort au pont de neige que j'ai eu après le col du Hanuma La. Je devrai donc la jouer léger si je ne veux pas faire du skateboard avant de retourner directement au camp de base !! 



Encore heureux qu'une fois sur ces glaciers, la température étant devenue plus que fraîche, cela me donne une assise bien meilleure. Je passe sur le dernier pont avec un certain soulagement.
Maintenant, j'ai le sommet du Shingo La en vue. Le ciel a l'air de vouloir se dégager, mais le vent devient de plus en plus fort. Tout cela est bon signe, j'espère ainsi éviter la grêle.
J'en profite pour ressortir mon appareil et faire quelques photos avant le sommet.


Lorsque j'y arrive, après 3 h 30 d'efforts, et bien que le ciel soit chargé, j'ai quand même la surprise d'avoir une vue dégagée sur les deux versants. A droite, le versant sud avec son lac et à gauche, le versant nord.


Je peux ainsi admirer les innombrables sommets qui m'entourent et qui culminent tous bien au-delà des 5000 mètres. De même les glaciers, le lac et les immanquables drapeaux à prières qui sont partout et qui donnent une touche supplémentaire à ce décor de rêve. Il ne manque que le soleil, m
ais il est inutile pour moi de l'attendre aujourd'hui, monsieur est en grève et il ne veut pas montrer le bout de son nez ! Je vais donc faire mes photos sans lui et penser tout doucement à redescendre vers le camp de ce soir, la Ramjak tente, qui  se trouve à 3900 mètres. Un dénivelé, même négatif, de 1100 mètres, ne se fait pas en 10 minutes. 




 Il est 12 h 20 et je quitte le sommet. Le petit sentier qui va vers la vallée n'est pas facile, il est parsemé de galets et je dois sans cesse regarder où je mets les pieds sous peine de me retrouver allongé sur le sol. Après avoir longé le lac, je suis même obligé d'enlever mes bottines pour passer un plateau inondé par les eaux qui dégoulinent de toutes parts des glaciers. 



La bonne nouvelle me vient du ciel. Je commence à apercevoir des surfaces bleutées.


Le premier plateau franchi, je suis une nouvelle fois obligé d'ôter mes godasses pour traverser une espèce de ruisseau. J'attends quand même un peu, car une caravane  arrive dans l'autre sens et je voudrais voir par où le muletier va passer et si lui aussi va devoir enlever ses charentaises. Peine perdue car il monte sur un cheval et passe l'eau sans difficulté. Je n'ai pas de cheval, encore moins une mule, je suis donc obligé de me redéchausser.




Ce sera la dernière fois. Après l'obstacle franchi, je plongerai littéralement dans une vallée.



Le chemin est bien tracé, mais je dois traverser plusieurs torrents rendus difficiles par l'eau qui dévale encore et toujours des glaciers. Leur passage ralentit considérablement mon avancée. Je passe un premier campement au doux nom de Chuming Nagpo et au bout de 2 heures 15, j'arrive au deuxième campement, le Ramjak.
Hélas la tente et son propriétaire ont plié bagage. Le camp est vide, saison terminée, bien que nous ne soyons pourtant que le 3 septembre !
Il faut bien avouer qu'il faut être sérieusement motivé pour y rester plus longtemps. Ici le vent souffle continuellement et les températures deviennent glaciales dès que le soleil disparaît derrière les montagnes. 
Evidemment, la fermeture du camp ne m'arrange pas tellement. Je suis à nouveau obligé ce soir de me contenter de l'éternelle soupe aux nouilles.
Je sens que dans toutes ces conditions, la nuit ne sera facile ..............

Notes du 4 septembre

................. En effet, la nuit fut particulièrement laborieuse et ce matin, il fait encore un froid de canard. Le ciel est si bas que je ne vois pas grand chose lorsque je sors de ma tente.
Le temps de me préparer pour repartir, la brume est toujours au ras du sentier. 
Il est déjà 7 heures. Je démarre immédiatement.


Pour ma dernière journée de trek, je m'attendais sûrement à une météo beaucoup plus clémente. De ce côté-là, c'est plutôt raté, ce ne sera pas aujourd'hui que je vais crouler sous les feux de lumières.
Si la météo n'est pas joyeuse, mon moral est lui au zénith. Je ne sais pas encore comment je vais réagir lorsque j'arriverai ce soir au bout de cette aventure mais pour le moment, je ne veux pas trop y penser puisque le parcours est loin d'être fini. 



Je descends les paliers d'altitude à un bon rythme. Hier, au sommet du Shingo La, je me trouvais à 5095 mètres et en cumulant les deux jours, j'arrive en à peine 5 heures 30 de marche à une altitude de 4200 mètres. Lorsque j'arriverai à l'affluent de la Zangskar Chu et de la Barai Togpo, je serai alors à 4000 mètres et à Darsha à 3360 mètres.

J'arrive à la fin de la vallée, au bout, c'est Zanskar Sumdo. J'entends les premiers bruits de la civilisation, mais je suis encore trop loin pour définir ce grondement qui arrive jusqu'à moi. Je ne tarderai pas à comprendre et ce sera alors la douche froide !!


Je n'en crois pas mes yeux. Ils sont là en train de détruire au bulldozer cette vallée et à fortiori le trek que je viens de faire. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer le choc que je subis et la tristesse que je ressens après avoir passé tous ces jours d’isolement dans une nature vierge. Mais je peux vous assurer que retrouver la civilisation pour me voir proposer un tel spectacle, est tout simplement odieux. 

Je quitte les lieux complètement écœuré. Je rejoins les rives de la Barai Togpo où il y a un pont branlant mais haut combien plus sympathique que la machine jaune que je viens de laisser derrière moi.



Sur le pont, un chien vient dans ma direction et à son passage je lui passe la main sur la tête puis je continue vers le camping et le petit restaurant pour aller boire un thé et peut-être manger quelque chose au cas où il y aurait autre chose que des pâtes !!
Le chien revient à ma hauteur. Je me dis que décidément toutes mes histoires de trek finissent avec un chien. C'était déjà le cas l'année passée lorsque je suis sorti de la vallée de la Markha.
Je rentre dans l'enceinte du resto et je passe ma commande pour un thé. Pendant que l'eau chauffe, mon gars épluche des légumes et des pommes de terre. Je lui demande s'il est possible d'avoir aussi une assiette ? Visiblement il n'a pas trop envie de cuisiner pour les autres. Je bois mon thé au plus vite et je repars immédiatement sans demander mon reste.

Je quitte le terrain de camping et revoilà mon chien qui m'accompagnera pendant les quelques 17 km qui nous sépare de Darsha.
Dans un premier temps, je trouve ça sympa, mais je me demande très vite ce que je vais en faire lorsque je serai sur la route de Leh ?! 
A Zanskar Sumdo commence une piste qui va jusqu'à Darsha. Mais la route est loin d'être finie, il n'y a pas de bitume ni de canalisation pour recueillir les eaux qui viennent de la montagne. Si bien que pour avancer sans me mouiller les pieds, je suis obligé de faire des sauts de rocher en rocher sous l'oeil interrogateur du chien. Lui il se fout pas mal de mettre ses pattes dans l'eau. Les kilomètres passent et il est toujours là. 
A chaque fois que je m'arrête pour faire une photo, il profite de ce court instant pour se coucher afin de récupérer un peu de sa balade forcée. 


J'ai de la peine pour lui, car ses efforts sont inutiles. Je ne pourrai pas continuer avec lui jusqu'à Leh. Hé puis même, il y a déjà là-bas des meutes tellement importantes, que ce serait bien mieux pour lui de rester dans cette vallée.
Nous suivons la piste jusqu'à Palhamo. Arrivé sur place, je rentre dans un cabanon transformé en débit de boissons et petit resto pour les soldats et ouvriers du coin. Je demande s'il y a moyen de manger quelque chose ? J'ai plus de chance qu'à Zanskar Sumdo car on me propose une omelette avec des chapatis. Je n'en demandais pas autant et c'est avec un grand sourire que je commande mon plat avec un Fanta. Rien que les odeurs de cuisson me font déjà saliver et lorsque l'omette arrivera, je mangerai avec un appétit féroce  !! 
Avant de ressortir, je prends encore un paquet de biscuits pour mon chien.
Tous les deux le ventre plein, nous continuons vers Darsha.   

En cours de route, je traverse deux villages : Chika et Ratik. Afin de trouver une solution pour mon compagnon de voyage, quand je traverse ces villages, je spécule sur la bonté des gens en leur demandant s'ils ne veulent pas d'un chien ? J'ai beau expliquer le pourquoi, les réponses sont toujours négatives. C'est vrai que la vie n'est pas facile au Ladakh et une bouche en plus à nourrir, c'est de trop. Je comprends très bien le problème.



Nous sommes à moins de trois kilomètres de la route de Leh et j'entends pour la première fois un camion qui arrive dans mon dos. Je m'arrête de marcher, je fais signe au chauffeur, le camion s'arrête, je demande s'il veut nous prendre dans la benne. Moi oui, mais pas le chien. Je n'ai dès lors pas le choix, ici ou à Darsha nos routes vont de toute façon devoir se séparer. Triste fin mais que faire d'autre ?! Salut le chien et "good luck to you".

A l'embranchement avec la grande route, le chauffeur s'arrête, puis klaxonne. C'est le signal de descente de la benne. Inutile de commencer à marcher sur la route, Darsha est plus bas et Patseo est trop loin pour y aller à pied. Je préfère attendre un autre véhicule. Le premier qui passera sera le bon. Il me conduira jusqu'à la tente parachute de Patseo où j'ai bien l'intention de passer une nuit confortable, tout en n'oubliant pas de fêter convenablement la fin de la traversée du Zanskar. Demain je prendrai le bus qui va à Leh.



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