jeudi 19 juin 2014

D'Urgyen Dzong à Mulbeck

Les yeux à peine ouverts, je jette aussitôt un regard sur le site. Hélas, il n'est que 5h30 du matin et il est encore plongé dans la pénombre. Vu l'heure matinale, je décide de rester bien au chaud dans mon duvet, tout en attendant que les premiers rayons du soleil veuillent bien venir réchauffer l’atmosphère. 
Autour de moi, c'est le grand silence. Je ne sais pas si je suis seul ou s'il y a un moine qui médite dans une des grottes adjacentes. Dans le doute, je me contente de regarder le jour se lever doucement tout en respectant ce moment d'intimité. Inutile d'en vouloir plus, puisque c'est cette tranquillité que je suis venue chercher. 
L'autre raison pour laquelle j'ai voulu commencer ce périple par Urgyen Dzong, c'est que je considère Guru Rinpoche ou Padmasambhava en sanskrit, comme "mon protecteur". Il était donc tout naturel pour moi de revenir ici pour débuter ce nouveau long périple au Ladhak puisque le site lui est consacré.

Dans le monde bouddhiste, Guru Rinpoche est réputé pour être l’un des grands sages de l’histoire et est aussi considéré comme le fondateur historique du bouddhisme tibétain. Il fut un célèbre érudit méditant au VIII ème siècle et son mantra rappelle sa nature riche et variée.
Le mantra : OM AH HUM VAJRA GURU PADMA SIDDHI HUM

En tibétain: OM A HOUNG BENZA GOUROU PÉMA SIDDHI HOUNG

Le jour s'est maintenant tout à fait levé, je vais pouvoir remballer mes affaires et aller préparer mon petit déjeuner dans la plaine. 


Le sac fermé, je redescends de ma grotte et je profite de la luminosité pour faire une dernière photo de la façade de mon hôtel ! 

Puis je m'éloigne et me dirige vers les arbres et les drapeaux de prières, afin de me faire un petit feu pour cuire des nouilles chinoises. Je rassemble quelques pierres ramassées de-ci de-là, qui protégeront un tant soit peu, le feu de la brise matinale tout en calant, par la même occasion, la casserole d'eau à chauffer. Hélas la brume, tombée cette nuit, ne facilite pas l'allumage du feu et j'ai toutes les peines du monde à le faire prendre. Après plusieurs essais infructueux, je décide d’étaler mon papier et le petit bois afin de faire sécher le tout au soleil. Ce fut la bonne solution et peu de temps après, j'ai pu ainsi préparer mon repas. Une demi-heure après, je pouvais manger.

Le repas terminé, je remballe le tout et je me prépare à partir sur Shergol. Lorsque tout à coup, j'entends des grands julley provenant des temples situés plus haut. Aussitôt, je vois un homme me faisant des grands signes et m'invitant à venir le voir. Je réponds à son invitation et je monte jusque chez lui. Arrivé à sa hauteur il me demande si j'ai dormi sur place ? Je lui réponds par l'affirmative et il me répond que normalement, il faut demander une autorisation, car il y a eu des cas où des gens ne se sont pas comporter correctement sur le site, notamment en laissant des déchets de toutes sortes après leur départ. Je lui réponds que je n'étais pas au courant de ce règlement. Il me fait un sourire car il a remarqué que j'étais un mémé (grand-père en ladakhi) et donc plus assez fou pour m'autoriser à polluer un endroit aussi magnifique. Il m'invite à boire un thé dans l'un des temples où il y a une cuisine en annexe. 

Après la dégustation, mon homme me propose de visiter la salle de prières. Lorsque j'y rentre, je constate qu'il y a une très belle statue de Guru Rinpotche. La visite terminée, nous parlons encore un peu devant une nouvelle tasse de thé et je profite pour lui demander comment étaient les gorges ce matin lorsqu'il est monté jusqu'ici ? Comme cette nuit, il a fait assez froid, la glace est toujours très dure et il n'a pas eu trop de problème pour venir. Je lui dis qu'il est de ce fait inutile que j'espère rentrer à Shergol par le col au lieu des gorges. Là-dessus, il sourit et me propose de sortir pour me montre par où je voudrais passer. Lorsqu'il me montre le col du doigt, je constate que l'idée n'est pas bonne du tout et que j'aurais effectivement encore plus de difficulté de passer par le col que par les gorges car la pente est vraiment impressionnante !! 


Sur ces bons conseils, nous rentrons terminer notre thé.

 Ma tasse vide, je glisse un billet en-dessous de celle-ci  en guise de remerciement et je quitte le temple pour commencer la descente jusqu'aux gorges. Le ciel est à présent bien bleu au-dessus de ma tête. Quelques derniers clics sur cet endroit merveilleux et je commence ma longue descente.



C'est tellement plus facile de descendre que j'arrive très vite dans la zone la plus étroite du canyon. Mais lorsque j'aborde la première congère, je glisse et m'étale de tout mon long. Lorsque je veux me relever, je ressens une douleur à la main gauche et je constate que mon petit doigt est tout bleu. Immédiatement, je sors un sac plastique de mon sac et je le remplis de glace afin de tenir ma main au frais et éviter ainsi qu'elle ne gonfle. Peu après, je reprends mon chemin. A la deuxième congère, j'entends derrière moi, le gardien des temples m'appeler car il a retrouvé ma gourde. Je le remercie vivement car la gourde est un bien précieux pour les randonneurs. Dans la foulée, mon compagnon me propose de prendre mon grand sac jusqu'à Serzing. Ce que j'accepte bien volontiers, les passages sur la glace me sembleront ainsi plus faciles. Au dernier passage délicat, "mon porteur bénévole" me dit que c'est maintenant fini et que nous n'avons plus qu'à descendre tranquillement jusqu'au village. Voilà effectivement une bonne nouvelle. Dans de telles conditions, la descente n'aura duré qu'une heure et demie !!! A notre arrivée au village, nous allons boire un dernier verre de thé chez un de ses amis avant de nous séparer définitivement. 
Il ne me reste plus qu'à rejoindre Mulbeck où j'ai rendez-vous le 21/06 avec mon ami Christian qui sera de passage dans le coin.
Je rejoins Mulbeck par la route car je crains fort que le petit chemin situé sur le versant opposé ne soit pas praticable dans son entièreté. Dans le doute, je m’abstiendrai pour ne pas me donner des sueurs froides inutilement.
Je repasse devant le monastère troglodyte qui cette fois, est en plein soleil, mais toujours dépourvu de moine.


De là, je rejoins la route reliant Kargil à Leh où je fais une halte casse-croûte, juste à l'arrêt du bus en espérant qu'il y en ai un qui passe pendant mon repas. Mais pas de chance, pas de bus en vue et il me faut continuer à pied, les derniers sept kilomètres qui me séparent de Mulbeck. Ce n'est évidemment pas très agréable de devoir marcher sur du bitume alors que le soleil est à son zénith!
Alors que j'entame le quatrième kilomètre, une voiture s'arrête à ma hauteur et le chauffeur me demande si je vais à Leh ?!  Je lui réponds que mon étape est Mulbeck. Pas de soucis, le chauffeur m'ouvre la porte et c'est ainsi que j'arrive devant le vieux gonpa du village, lieu de rendez-vous avec Christian. Comme il y a deux guesthouses juste en face, je me dis qu'il est inutile d'aller jusqu'au tourist bungalow. Grave erreur car la guesthouse où j'irai dormir s’avérera la pire adresse de mon voyage. J'y serai littéralement bouffé par des punaises de lit.
Dommage, car le coin est sympa. Au bord de la route, le rocher dressé dans lequel est sculpté un bouddha géant de neuf mètres de haut, marque véritablement l'entrée dans le Ladakh bouddhiste. Cette sculpture du VIII ème siècle est une représentation du Bouddha du futur, Maitreya, que les tibétains appellent Chamba.




Les quatre gardiens, nord, sud, est, ouest.




Belle balade jusqu'au monastère perché de T Nan-Gyal .....



....... d'où j'ai une vue surprenante sur la vallée.


Le voyage commence donc bien, même si mon petit doigt est encore tout bleu. 
Après une nuit de repos,  je verrai bien dans quel état il sera.

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